Coup de blues en abstention majeure

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 J’avoue que je m’étais trompé, il y a quelques semaines, lorsque je pensais que monsieur Macron peinerait à trouver une majorité à l’Assemblée Nationale. Avec 308 élus, auxquels il faut ajouter les 42 du Modem, le président de la République dispose au contraire d’une majorité plus que confortable, bien au-delà de la majorité absolue.

Dont acte.

Cela dit, la majorité véritable, si l’on quitte le cocon de l’Assemblée Nationale, c’est celle des Français qui ne se sont pas retrouvés dans le jeu de chamboule-tout de monsieur Macron, pas plus qu’ils ne se retrouvaient dans les petites manœuvres de la petite politique.

Près de 30 millions d’entre eux ne se sont pas exprimés. 6 Français sur 10. Du jamais vu pour l’élection de représentants de la Nation.

Faut-il qualifier ce phénomène d’écœurement, de résignation ou de révolte ? La suite des évènements nous le dira. Il faut attendre les premières décisions qui seront prises. Mais force est de constater d’ores et déjà que la représentation de la Nation finit par ne plus représenter grand monde.

 Les 20 millions de voix de monsieur Macron à la Présidentielle ne sont plus aujourd’hui qu’un peu moins de 8 millions. La majorité absolue dont il dispose à l’Assemblée Nationale ne représente plus que 16,5 % des électeurs inscrits, 1 citoyen sur 6.  Je sais que les institutions de la cinquième république sont précisément construites pour assurer une majorité à l’exécutif et qu’elles ne font là que remplir leur fonction. Mais je ne suis pas certain que les pères d’une constitution déjà bien malmenée par l’introduction du quinquennat, l’aient bâtie pour la faire fonctionner avec un tel niveau d’abstention. L’amplification du phénomène majoritaire finit en effet par en devenir insupportable et confiner au ridicule.

Au-delà des chiffres à l’échelle de la France, dont on trouvera le détail sur le site du ministère de l’intérieur l’analyse par circonscription ne donne guère de représentativité plus engageante pour les heureux élus. Dans les cinq circonscriptions du département de l’Eure par exemple où ne restaient plus que des candidats « En Marche » opposés à des candidats Front National, les vainqueurs, tous « d’En Marche », représentent 21, 2% des inscrits pour la plus mal élue et 25,5 pour le mieux élu. De 1 électeur sur 5 à 1 électeur sur 4.

L’abstention croissante marque, au moins autant que la percée du vote Front National lors des Présidentielles, le désarroi des Français, leur désespérance, leur désamour de la politique et des petites manœuvres, fussent-elles les manoeuvres de monsieur Macron.  

Comment rétablir aujourd’hui leur confiance pour les élus et plus largement pour la démocratie représentative ? Cela passe sans doute par plus de démocratie locale, plus d’implication des Français dans les affaires de leur commune, de leur agglomération, dont ils sont loin d’ailleurs de s’être emparés aujourd’hui, ou de leur département. C’est par le bas de la pyramide, avec les centaines de milliers d’élus locaux et de responsables associatifs, que l’on peut réussir à reconstruire la citoyenneté.

Je ne suis pas certain, en revanche, que les 75% de nouveaux députés dont un nombre non négligeable sont des députés « Hors sol », c’est-à-dire qui viendront faire leur boulot dans leur circonscription (en tout cas je l’espère) mais sans y vivre vraiment, soient en mesure de rétablir le lien entre les élites dont ils font dorénavant partie et le peuple. Je ne suis pas davantage certain qu’en ouvrant à l’exécutif la voie d’une gouvernance par ordonnances, et en limitant de fait le débat public, ils réconcilient les Français avec la politique.

Cette élection législative me laisse un goût amer. C’est en apparence une large victoire qui vient conforter celle de monsieur Macron au mois de mai. Mais si l’on change de point de vue, c’est surtout l’interminable débâcle de nos institutions et de la démocratie qui se poursuit.

Au premier tour des présidentielles, monsieur Macron et son programme ne séduisaient en effet qu’un peu moins de 9 millions d’électeurs, moins d’un Français sur 5. Au second tour des législatives, quatrième tour des présidentielles nous dit-on, ils n’en séduisent plus qu’un peu moins de 8 millions, 1 Français sur 6.  

Et c’est pourtant ce programme qui va maintenant être appliqué, pour partie par ordonnances de surcroît.

Voilà qui ne va pas vraiment contribuer à réconcilier les Français avec la politique !