La France se résigne ... Jusque quand ?

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 Le raz de marée Macron est incontestable.

J’écrivais dans mon dernier billet que « Demain, peut-être (on découvrirait) avec enthousiasme les candidats élus d’ En Marche rangés par deux et en uniforme, chantant en chœur la même chanson dont, couplets et refrain seront fixés par ordonnances. » Nous y sommes… Enfin nous y serons à partir de dimanche prochain. Les partis traditionnels, usés par les revirements, les divisions, les échecs et les affaires, sont balayés et monsieur Macron peut d’ores et déjà compter sur une écrasante majorité à l’Assemblée Nationale. DE 400 à 450 députés nous dit-on. Sur 577, cela laisse bien peu de place à la contestation.

Qui donc a dit que les Français en avaient assez de la pensée unique ?

De ce ballet politique, ils n’auront guère choisi que les danseurs costumés, anonymes sous leur masque de Macron, de Le Pen ou de Mélenchon pour ne faire, dans nombre de circonscriptions qu’une réplique de la présidentielle. Plutôt que de voir les ordonnances qui, pour « libérer le travail » enchaîneront les travailleurs dans la précarité, ou la pérennisation de l’état d’urgence, ils ont préféré regarder le Président Macron figé comme une icône sur les affiches de ses candidats.

Dont acte.

Pourtant, ce n’est pas si simple.

Bien sûr, monsieur Macron pourra s’appuyer sur une écrasante majorité de députés. Mais s’appuie-t-il vraiment sur une majorité de Français ? Dans le bureau de vote que je présidais, en plein cœur du quartier de la Madeleine à Evreux, là où vit une proportion importante de familles en dessous du seuil de pauvreté et où on était plutôt venu en nombre pour les Présidentielles, ils étaient moins de 300 sur les 955 inscrits du bureau de vote à avoir trouvé hier le chemin des urnes.

De façon générale, moins d’un Français sur deux se sera déplacé pour aller voter. Lors de la vague Sarkozy de 2007, ils étaient 60%. Cinq ans après, ils étaient encore 57 % pour la vague Hollande

Tout se passe comme si les Français se résignaient, comme dans une espèce de dépression collective. Tout se passe comme si une partie d’entre eux n’envisageait plus la politique que comme un spectacle télévisé parfois amusant où l’on peut soutenir son équipe au maillot logoté aux couleurs de son patron. D’autres ne la voient plus que comme une « nuisance inévitable ». Et ils tentent de se prémunir de ses effets en se confinant chez eux. Ils ont voulu éviter un duel au second tour de la Présidentielle entre monsieur Fillon complétement démonétisé par ses affaires et madame Le Pen. Ils n’ont gagné, bien aidés pour cela par toutes les formations politiques aussi déboussolées les unes que les autres, qu’un duel Le Pen Macron. Ils ont évidemment voulu éviter la catastrophique madame Le Pen, avaient-ils vraiment le choix ! Et ils ont voté Macron, même s’ils se rendaient compte qu’il était pour beaucoup dans l’abandon des valeurs qu’avait mis en exergue monsieur Hollande dans son discours du Bourget.

 Comment pourraient-ils aujourd’hui ne pas être résignés et ne plus voir dans la politique qu’une succession de renoncements, de trahisons, d’affaires et d’échecs. Pour ceux qui n’en regardent que le spectacle médiatisé, ils attendent sans doute avec gourmandise le prochain épisode de ce « Dallas » au sommet de l’Olympe.

Pour les autres en revanche, pour tous les cassés de la vie, les centaines de milliers de laissés pour compte dans un pays qui pourtant fait partie des sept les plus puissants du monde, ils attendent avec résignation ce qui pourrait encore leur tomber dessus et les engluer dans plus de misère encore. Ceux-là ne vont plus voter pour beaucoup. Ceux-là sont résignés, on ne leur a pas laissé le choix.  Mais jusque quand le resteront-ils ?

Quand pour l’élection des députés, qui tout de même représentent la Nation, plus d’un Français sur deux ne se sent plus concerné, ce sont les fondements même de notre République qui se délitent… Et quand les fondations se délitent, le bâtiment vacille. Je crains que, loin de le consolider, la majorité écrasante de députés à sa botte qu’obtiendra monsieur Macron dimanche prochain ne le fasse vaciller plus encore.