Il mercato, ou la parade des marionnettes

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 « - Mais madame, la candidature de monsieur Le Maire est une escroquerie, lui dis-je en regardant le tract qu’elle me tend.

-          - Pourquoi, me demande-t-elle ?

-          - Parce que s’il est l’heureux élu du scrutin, il restera ministre et c’est Madame … Gipson, sa suppléante qui sera députée. On croit voter Le Maire et on vote Gipson … Une candidate très honorable sans doute, mais dont personne ne sait rien !

-          - Oui, me répond-elle embêtée. C’est vrai, mais il l’aidera en coulisses et ce sera comme si c’était lui le député.

-          - Vous êtes bien plus dure que moi madame. Je ne fais que dire que nul ne connaît madame Gipson et vous me dites, vous, qu’elle n’est qu’une marionnette dont monsieur Le Maire tirera les ficelles »

Authentique débat sur le marché du centre-ville ce matin où la chaîne parlementaire, le nouvel obs, et d’autres sans doute couvraient la « campagne » de monsieur Le Maire  qui n’a même plus besoin  d’en faire tant les médias parlent de lui.

Mais les législatives cette année ne sont-elles pas finalement un immense théâtre, plus encore que d’ordinaire ?

Nous avons les candidats « En Marche » qui, quand ils ne sont pas multitransfuges, existent bien peu par eux-mêmes et que l’on parachute. Ils posent à côté du Président Macron sur leur affiche qui du coup évoquent ces panneaux de foire où l’on passe la tête pour se faire photographier en Lucky Luke ou en Bugs Bunny. Il y a les candidats de la France Insoumise qui collent le buste de monsieur Mélenchon en bas à droite de leur portrait pour qu’on ne se trompe pas et que l’on sache bien qu’ils représentent leur chef qu’ils préfèrent appeler « porte-parole » puisque , par définition, un insoumis peut difficilement se soumettre… surtout pas à un chef.

Cette campagne évoque, à certains égards, un combat de ventriloques qui feraient parler à distance chacun un demi-millier de marionnettes. Finalement, entre ceux qui se cachent derrière monsieur Macron qui, lui, attend d’eux une majorité aussi massive que passive et ceux qui se soumettent à leur « porte-parole », qui en attend…. – Qu’en attend-il au fait ?-  monsieur Le Maire ferait presque figure de petit artisan de la marionnette.

Heureusement, il y a d’autres candidats.

Monsieur Legendre par exemple, si discret dans son propos, qu’il se coulerait bien, sans trop le dire, dans une aile droite de la majorité présidentielle, comme se coulerait dans une aile gauche monsieur Champredon. On devine cela au détour d’une phrase, au détour d’un mot.

Ils sont pour l’instant macronistes sur la pointe des pieds… Ne pas trop se compromettre encore, pas  comme monsieur Le Maire. D’ailleurs, pour monsieur Le Maire, avec le ministère de l’économie, le Président Macron a mis le prix ! Et peut-être ira-t-il jusqu’à se fendre, selon le résultat des législatives, d’un strapontin gouvernemental pour ses futures ailes droite et gauche autoproclamées ou plutôt autochuchotées… Qui sait ! En tout cas il convient de rester prudent.

Il y a le Front National aussi qui continue pour sa part de répandre son populisme et qui se réjouit des divisions chez ses adversaires. Qu’explosent Droite et Gauche et il n’y aura plus que monsieur Macron et eux. Il se tient en embuscade espérant bien dupliquer dans chaque circonscription le score de madame Le Pen. Je ne sais s’il y parviendra, mais dans le grand jeu des marionnettes il est passé maître depuis longtemps … !

Pour ma part, j’essaye, avec d’autres qui sont de sensibilités communiste, écologiste et socialiste (devrais-je dire hamoniste) de rendre un peu de visibilité à la Gauche autour d’une candidature unique, celle de Valéry Beuriot dont je suis le suppléant.

J’ai déjà parlé de cet accord et de la nécessité de faire entendre d’autres voix que le tout libéralisme, même quand il se pare de l’habit d’un Président aux allures de jeune premier.

Cet accord, c’est localement que nous l’avons passé, autour de quelques axes politiques majeurs et quelques thématiques essentielles dans notre territoire, comme l’accès aux soins, la revitalisation de nos villages et de nos quartiers que désertent de plus en plus les services publics. Nous vivons, Valéry et moi, ancrés dans la circonscription depuis longtemps, lui à Brionne et moi à Evreux. Nous avons passé cet accord localement, sans attendre les grands états-majors, parce que nous sommes convaincus que la Gauche se réinventera sur le terrain, dans la vraie vie, avec tous nos concitoyens, et pas d’abord dans les appareils politiques. Cela garantit que nous ne sommes pas, nous, les poupées de quelque ventriloque que ce soit.

Je ne sais pas si dans le grand théâtre électoral cette authenticité sera un avantage ou si elle sera rédhibitoire. Ce sont nos concitoyens qui trancheront ce point dans une semaine.

Mais je leur fais confiance.