Lettre ouverte à Benoît Hamon

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 Cher Benoît Hamon.

Permets que je te tutoie. A force de faire campagne, j’ai l’impression de te connaître comme on connaît un vieil ami.

Je suppose que te pèse encore notre défaite du premier tour que beaucoup ont contribué à construire, à commencer par nos propres « amis » du Parti Socialiste.

Je sais que mon avis n'a que peu d'importance , mais laisse-moi te dire tout de même que tu as fait tout ce que tu pouvais, vraiment, et que, t’adressant à l’intelligence et au cœur des gens, tu as mené une campagne digne, à laquelle j’ai été fier de participer.  

As-tu empêché, comme certains t’en accusent, la Gauche d’être au second tour ? Je ne crois pas et je suis convaincu au contraire que les choses sont beaucoup plus complexes que cela, et les responsabilités bien plus partagées.

En tout cas, Madame Le Pen est au second tour et je ne vois pas grand monde défiler dans la rue comme en 2002.  J’ai l’impression que la France se résigne. Chacun se plaît à dire qu’elle ne sera pas élue. (Je l’ai moi-même écrit d’ailleurs), mais il n’en demeure pas moins que sa présence en finale de l'élection présidentielle n’est même plus perçue comme une anomalie. N’est-ce pas aussi parce que le populisme est devenu la règle dans les campagnes électorales ?

En face d’elle, nous avons monsieur Macron que nous sommes nombreux à soutenir, toi y compris. Nous ne voulons pas de madame Le Pen et c’est donc un choix par défaut. Comment pourrions-nous en effet adhérer à son propos quand la politique qu’il défend est celle-là même qui, depuis des années, amène progressivement le clan Le Pen aux portes du pouvoir ?

Nous allons donc voter Macron, mais il faut alors, en même temps, mettre en place les garde-fous nécessaires, reconstruire une force de proposition que l’on entende et qui fasse à nouveau rêver la France.

Il n’est pas d’autre possible pour cela que reconstruire une Gauche qui soit authentique, qui accepte de rompre avec ce néolibéralisme qu’on nous dit inévitable et qui a remplacé chez nombre de décideurs du Parti Socialiste la volonté de changer le monde. La politique, tu le sais et tu l’as souvent affirmé, ce n’est pas seulement gérer le quotidien (Il le faut bien sûr si l’on veut sortir de l’opposition et gouverner), c’est d’abord donner du sens à tout ce qui règle la vie collective et c’est construire ensemble notre histoire, vraiment ensemble, solidaires, sans laisser personne sur le bord de la route.

Dans quelques semaines, ce seront les élections législatives. C’est une opportunité qu’il faut saisir.

Je ne crois pas que monsieur Macron puisse si facilement trouver une majorité qui soit bien à lui. Je ne crois pas en particulier qu’il réussisse à renouveler le petit monde des élus comme il promet de le faire. Cela va être en effet un sacré bazar dans les 577 circonscriptions, à commencer par celle où je vis.

Le député qui y est en place est l’un de ces notables socialistes qui ont rejoint monsieur Macron dès le premier tour. Le PS lui avait donné son investiture. Que va-t-il se passer aujourd’hui ?

Va -t-il devoir se retirer ?  Sera-t-il le candidat d’En Marche ? Le PS va-t-il donner une investiture à un autre candidat? Va-t-il y avoir un accord pour éviter que la circonscription ne tombe dans l’escarcelle du Parti républicain ou du Front National ? Sera-t-il alors le candidat commun aux deux formations ? L’aile droite du Parti Socialiste va-t-elle finalement se dissoudre dans le macronisme ou sera-ce l’inverse ?

Ces questions vont se poser 577 fois, avec des députés socialistes ... et d’autres du parti républicain d'ailleurs.

Faut-il que l’aile gauche du Parti Socialiste se laisse entraîner dans ce grand mouvement de « macronisation » qui va s’engager ?

 Ne vaut-il pas mieux qu’elle s’allie clairement et sans attendre, avec le Parti Communiste et les forces de monsieur Mélenchon pour construire une Gauche nouvelle qui soit d’autant plus féconde qu’elle saura renouer avec le peuple laissé pour compte depuis si longtemps ?

Je sais, c’est un rêve.

Il va falloir négocier, se mettre d’accord sur des propositions communes, trouver les compromis. Mais sur bien des points les projets étaient proches. Monsieur Mélenchon se targuera peut-être de ses 19% d’électeurs pour être le chef. Tu lui répondras sans doute que nombre d’entre eux ne l’ont rejoint que dans les dernières semaines, non par adhésion, mais pour tenter d’éviter ce désastre d’un débat de deuxième tour entre droite et extrême droite.  Vous discuterez un moment, pas trop longtemps j’espère.

Il faut laisser de côté la question du chef.  Je sais d’ailleurs qu’en ce qui te concerne tu ne crois pas à « l’homme providentiel » et j’espère que le tribun qu’est Jean Luc Mélenchon est conscient de ce que son art ne suffira pas et qu’il faut jouer collectif. Je suis convaincu que monsieur Laurent saura lui aussi trouver les mots qu’il faudra.

 La campagne électorale aura été lamentable à tous les égards. Au moins éclaircit-elle pourtant le paysage à gauche. Je partage très peu les credo de monsieur Valls, pour ne pas dire pas du tout. Mais il a raison sur un point : la fracture entre l’aile droite, et l’aile gauche du Parti Socialiste est devenue irréductible. Alors n’attendons pas ! Laissons se macroniser les notables du PS qui le voudront.

Pour notre part, reconstruisons la Gauche dès maintenant, en partenariat avec ceux qui nous sont proches ! Réapprenons à produire des rêves que nous partagerons avec le Peuple jusqu’à en faire des réalités !