Collège Pablo Neruda, on ferme ... ou la dernière ânerie du Président Lecornu

Ecouter l'article: 

It look's like you don't have Adobe Flash Player installed. Get it now.

On parle de fermer le collège Pablo Néruda à Evreux.
Le président du Conseil Départemental vient d'affirmer en effet  qu'il serait inflexible et que , contrairement à son prédécesseur qui n'aurait pas eu, lui,  le courage d'aller jusqu'au bout, il fermerait l'établissement en 2018.
En fait, après avoir consulté largement au préalable, Jean Louis Destans avait fini par se laisser convaincre il y a quelques années de ne pas toucher à ce collège du coeur de quartier de La Madeleine.
 Je faisais d'ailleurs partie de ceux qui ont argumenté pour son maintien.

Parce qu'au final, que reproche-t-on à ce collège ?

D'être un collège à structure métallique.
Des travaux de mise en conformité ont été réalisés. Les visites des commissions de sécurité se passent bien et, selon la principale du collège, l'établissement est totalement évacué en trois minutes lors des exercices d'alerte incendie.
Et puis, il est d'autres collèges à structure métallique dans le département que l'actuel président du Conseil Départemental ne menace pas de raser. Pourquoi donc celui-là ?

Ce serait, lui reproche-t-on également un collège favorisant le communautarisme et où la mixité sociale est désespérément absente.
Mais en réalité, avec 42 nationalités d'origine représentées pour 400 élèves, le collège Pablo Néruda est un véritable « melting-pot ». Et il faudrait une vision bien caricaturale pour associer toutes ces origines dans un communautarisme univoque.
L'absence de mixité sociale est en revanche patente. Mais en cela, le collège n'est que le reflet d'un quartier dont il est au demeurant un des repères, l'un des services publics majeurs et en même temps, de par sa fonction éducative, l'un des catalyseurs de la citoyenneté.
Faut-il le supprimer ou la collectivité n'a-t-elle pas au contraire, l'impérieux devoir de le soutenir, de l'aider à renforcer encore son enracinement dans le quartier, ses liens avec le réseau des écoles élémentaires dont il assure la continuité et avec le réseau des associations…?

Qu'allons nous dire aujourd'hui aux enfants de la Madeleine ?  Qu'ils n'ont pas droit, comme les autres gosses de l'agglomération à être scolarisés ensemble près de chez eux ? Qu'on va les répartir par lots un peu partout dans la ville, et que leur quartier, rénové à grand prix, n'aura finalement pour destin que celui  d'une cité dortoir en bordure de la zone d'activité du Long-Buisson ?

Alors bien sûr, il y a la question des coûts, de la gestion, il y a l'argument de l'effectif du collège !

Vous comprenez, nous dit le président du Conseil Départemental,  avec  un peu moins de 400 élèves pour une capacité d'accueil théorique de l'ordre de 700, Pablo Néruda est indéniablement en sous-effectif.
Arithmétiquement c'est indiscutable. 400 inscrits et 700 places théoriques, ce sont 300 places vacantes.

Mais si l'on tient compte des spécificités d'un collège inscrit en réseau d'éducation prioritaire, les fameux REP +,  de la richesse de son projet d'établissement, que porte une équipe éducative cohérente et résolue,  en partenariat avec  nombre d'acteurs du quartier, qu'est-ce qui est le plus aberrant : L'effectif de 400 ou le fait que l'on ait pu fixer sa capacité d'accueil à 700 ?

Voilà le Conseil Départemental revenu à la brutalité d'une arithmétique qui oublie ce qu'elle doit d'abord compter. Je dis "revenu" parce que nous avons déjà connu cette dérive.
Je me souviens avoir assisté en 1995 ou 96  à une séance du CDEN  (Conseil Départemental de l'Education Nationale)  que présidaient ensemble le Préfet et le Conseil Général.  On nous y faisait le bilan des transports scolaires. Le représentant du Département nous abreuvait de chiffres, nous déclinant avec grande précision le nombre de kilomètres parcourus, le nombre des circuits, de celui des véhicules,  les consommations  de gas-oil etc. Je crois qu'il aurait été tout aussi  capable de nous rendre compte du taux d'usure des pneus, de l'âge moyen des chauffeurs de bus ou que sais-je encore ...

Mais voilà qu'un représentant des parents d'élèves l'interrompt.


« Combien de temps passe en moyenne un enfant dans les bus scolaires, lui demande-t-il? »


Un temps de silence. Il ne sait pas. Personne n'a songé à le mesurer… Comme si les bus scolaires tournaient pour le plaisir de tourner. On était tellement préoccupé de la maîtrise des coûts qu'on en avait oublié la fonction même du service que l'on organisait.


A l'inverse c'est par ce bout là que nous avons commencé à considérer les choses en 2001, avec Jean Louis Destans.

J'entends encore Francis Courel lancer à la tribune  : « Nous nous organiserons pour qu'aucun élève ne passe plus d'une heure en transports pour se rendre en classe parce que c'est de la fatigue inutile pour eux et nous avons pour devoir de favoriser leur réussite à l'école»

J'aimerais, le 20 juin prochain, lorsqu'il présentera le Programme Prévisionnel d'Investissement dans les collèges, entendre de la même façon  le Président du Conseil Départemental parler politique d'éducation,  plutôt que se limiter à décliner capacités d'accueil et effectifs et dérouler une arithmétique vide de sens. Peut-être alors se rendra-t-il compte de ce qu'apporte le collège Pablo Neruda.