Un an déjà

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C'est amusant de voir changer le ton des discours, de voir changer les temps.  

Mars 2011, ce n'est pas si vieux pourtant.  

Un certain Ludovic Bourrellier distribuait alors ses tracts, en pleine campagne des cantonales, dans les bouchons à Navarre et sur la route de Saint Sébastien de Morsent. Il y dénonçait, « en live » comme on dit en Franglais, des embarras de circulation  totalement inacceptables. Il en faisait évidemment porter  la responsabilité au Conseiller Général du canton qu'il essayait de remplacer, sans succès cette fois là d’ailleurs.  

Aujourd'hui, je vois que dans la presse ce même Ludovic Bourrellier a pris un ton bien plus apaisé que ne le sont ces fameux embarras de circulation qui, à l'inverse, ont eux  fortement empiré… Quant au conseiller départemental du canton, c'est lui-même aujourd'hui. Alors il ne lui octroie  plus aucune responsabilité dans l'affaire, pas plus qu'à la nouvelle majorité départementale dont il fait partie.  

Allez donc savoir pourquoi ! 

   

De cette distribution de tract , bien qu'elle m'ait prodigieusement agacé à l'époque, j'ai gardé un souvenir amusé, lié à une peripétie presque cocasse. 

L'un des protagonistes de cette opération « Tracts dans les embouteillages », avait tenté de se fondre sous une porte cochère quand il m'avait vu arriver. Moi, j'étais juste venu acheter mon pain et mon journal, comme souvent le matin. Mais, voyant disparaître si soudainement la silhouette encapuchonnée qui l'instant précédent tendait ses papiers à des automobilistes déjà passablement énervés, je n'ai pu m'empêcher d'aller voir de qui il s'agissait. 

J'ai immédiatement reconnu ce regard baissé, ces cheveux un peu graisseux et ce faux air humble. C'était un pauvre diable dont j'avais dû défendre plusieurs fois le dossier. Un gars qui n'avait guère eu de chance dans la vie et qui vivait de solidarité.   

Lui aussi m'a reconnu bien sûr. Il a baissé les yeux plus encore, l'air gêné et peut-être même apeuré. Je me suis demandé à ce moment là s'il n'y avait vraiment eu que la vie qui lui ait collé des baffes. 

- Ce n'est pas ma faute, m'a-t-il dit. Je ne voulais pas mais ils m'ont obligé ! 

Je ne sais pas qui étaient ces « Ils » et je ne le saurai jamais. Je ne lui ai  posé aucune question. Je lui ai simplement répondu qu'il était libre de faire campagne pour qui il voulait et contre qui il voulait et que cela ne changeait rien, que je continuerais à soutenir ses demandes d'aide à chaque fois qu'elles seraient justifiées. 

 Curieusement, il n'est pourtant plus jamais venu me voir dans les années qui ont suivi. Je crois qu'il a eu tort. J'aurais continué pour de bon  à l'aider tant étaient visibles ses difficultés. 

Je crains qu'il n'ait eu tort aussi à un autre titre. Au delà de son soutien à Ludovic Bourrellier, ce qui n'a pas grande importance au fond, ce qu'il a contribué à mettre en place, lui qui vivait et vit peut-être encore de solidarité, c'est une nouvelle majorité départementale qui passe son temps à jeter le soupçon sur les pauvres qu'elle pense responsables de leur pauvreté et qu'elle qualifie d'assistés. 

J'ai encore en tête le discours du Maire d’Évreux,  lors des trophées du sport,  qui dénonçait ces masses de gens qui ne font rien et qui attendent qu'on les aide. 

Stigmatiser les pauvres ce n'est déjà pas en soi quelque chose de très intelligent. C'est en effet faire comme si  pauvreté et précarité n'étaient pas en réalité trop souvent le prix que paye le plus grand nombre pour que d'autres soient de plus en plus riches. 

Stigmatiser ces mêmes pauvres quand on est élu local et, plus précisément élu dans l'institution qui a en charge  l'action sociale et dont le rôle est de déployer les  filets de la solidarité, c'est  stupide et c'est inconvenant, comme le serait la pyromanie d'un pompier.