Une bonne année 2016 ?

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J’adresse à tous mes lecteurs mes vœux les meilleurs pour 2016, tout en sachant qu’il nous faudra beaucoup de conviction et beaucoup de solidarité pour faire que cette nouvelle année soit plus belle que 2015.

Elle nous arrive en effet dans la douceur étrange d'un climat que l'on ne reconnait plus et l'ambiance délétère d'une guerre qui se développe en silence, un cancer qui ne dit pas son nom mais qui ronge les fondations mêmes de la République.

Comme pour chaque guerre, nombre de victimes sont parmi les plus pauvres, les plus miséreux ou les plus innocents, comme ces enfants noyés après des heures et des jours d’angoisse et de souffrance sur des épaves flottantes. Ils avaient rêvé pourtant d'un paradis, loin des famines et des guerres, loin des massacres et des viols, loin des bombes anonymes et des snipers.

Comme pour chaque guerre, se développent partout des métastases aux formes multiples. C’était le cas à Paris en janvier puis en novembre. Les intégrismes ont méthodiquement massacré des femmes et des hommes qui avaient, à leurs yeux, commis le crime d’être libres et, pour les collaborateurs de Charlie, de l’avoir crié et dessiné. 

Comme à chaque guerre, se réveillent aussi de vieux fantômes et quelques monstres que l’on croyait enfermés pour toujours dans les fosses les plus profondes de l’océan. L’intolérance, le repli sur soi, l’indifférence qui dégénèrent très vite en la peur, le rejet et la haine de l’autre…

Qui est l’autre ? On ne sait pas… On sait juste que c’est celui qui n’est pas comme nous.

Qui nous sommes ? On l’oublie… On sait juste qu’on n’est pas comme eux.  

On les a pourtant vu, les dégâts de ce repli sur soi, lors d’autres guerres, plus anciennes… ou plus ailleurs. On a pourtant constaté, mesuré, que, si quelques belles personnalités étaient capables, dans de telles circonstances, de garder les yeux fixés sur l’horizon de fortes valeurs universelles, d’autres s’employaient à organiser le rejet de l’autre et à institutionnaliser le repli sur soi.

Je n’accepte pas le terrorisme. Je n’accepte pas que des intégrismes de tous poils continuent de ronger ces valeurs qui fondent notre République.

Mais je n’accepte pas non plus que, sous couvert de lutte contre le terrorisme, nous en arrivions à brader nous-mêmes ces valeurs.  Que signifie par exemple remplacer la justice et son indépendance par des décisions administratives, quelque remarquable que soit l’administration ? Faut-il vraiment passer par pertes et profits la question des réfugiés ? Que signifie cette idée de fabriquer des apatrides et de répondre aux excommunications des intégristes par des excommunications de la République ?

Les dégâts que nous infligent intégristes et terroristes sont terribles et je crains qu’ils ne fassent que commencer. Nous avons le devoir d’être solidaires de toutes celles et de tous ceux qui en sont les victimes… Ou qui en seront les victimes.  C’est plus qu’un devoir d’ailleurs, ce doit être une évidence.

Mais si nous n’y prenons garde, nous pourrions, en bradant les valeurs de notre République, en poussant trop loin les mesures d’exception, nous infliger nous-mêmes des dégâts bien plus profonds et difficilement réparables.

Je crains en effet que l’histoire de Cincinnatus, qui accepte d’être dictateur pour répondre à une situation d’exception, règle très vite les problèmes et sauve ainsi la République romaine avant de retourner sagement à sa charrue et à ses champs, ne soit finalement qu’un mythe.