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archives 2005 ... Création du blog, violences urbaines etc.


Publié pargerardsilighini, le28 février 2010

Violences urbaines

Prévenu par le canal du SDIS des évènements de la nuit, je me suis rendu vers une heure du matin au Centre du service départemental d’incendie et de secours de Saint Michel où arrivent toutes les demandes de secours et qui organise les interventions.
Effervescence!
Des renforts sont arrivés de tous les points du département et c’est une bonne centaine de pompiers qui sont mobilisés.
Ils ne comprennent pas qu’on les agresse.
Ils sont là pour porter secours et ne peuvent pas accepter l’idée qu’il faut pour cela risquer d’être agressé, caillassé…
Vers deux heures et demie du matin, j’accompagne le colonel Delaune et le commandant Jarnoux à la Madeleine.
Les hommes y sont fatigués, écoeurés.
Vitres de véhicule de secours brisées par des morceaux de parpaing…
Coup de pioche sur un autre, avec une violence suffisante pour que le manche en soit brisé.
Quatre pompiers ont été blessés dont une jeune femme atteinte d'un coup de batte de base ball au genou.
Nous faisons le tour des dégats dans un break de service dont les vitres sont déjà brisées… Inutile de risquer la dégradation d’une autre voiture.
Devant le commissariat, des policiers vident leurs locaux incendiés.
On parle de leurs collègues blessés, des pompiers touchés aussi.
Ils me racontent que deux policières municipales ont été frappées, tabassées.
Elles sont hospitalisées. L'une d'elles a la machoire fracturée.
Ce sont de véritables scènes de guérilla urbaine organisée que l'on me raconte.
Faux appels et vrais appels qui dispersent les équipes d’intervention.
Harcèlement.
Cent cinquante cagoulés environ me dit-on.
 
Ma seule réaction à chaud, c’est que c’est inacceptable... C'est que c'est dégueulasse.
J’ai le sentiment d’un jeu absurde et cruel  .
On détruit ce qui fait la vie du quartier au travers de ses commerces.
On détruit des véhicules presque pour faire du chiffre.
Le malaise des banlieues se traduit depuis une dizaine de jours par une espèce de concurrence à qui brûlera le plus de véhicules, à qui nuira le plus à ses concitoyens !
 
Les quelques habitants que l’on croise sont abattus ou révoltés.
Deux d'entre eux viennent demander aux policiers ce qu'ils doivent faire. A la place de leur voiture, il n'y a plus que quelques débris épars et une grande tâche de bitume fondu.
 
C’est vrai que l’ambiance est délétère à la Madeleine... Depuis quelques années déjà
Le feu y couve en permanence
Le tissu associatif s’est effiloché ces dernières années... Et l'arrivée de la nouvelle municipalité n'a pas arrangé les choses.
Les quartiers sont les lieux de dérives communautaires là où il faut de la mixité sociale et la Madeleine ne fait pas exception.
Le projet de rénovation urbaine, l’ORU qui se chiffre à plus de 150 millions d’Euros est un beau projet structurant, pavé de bonnes intentions mais ce n’est que bien tard que la municipalité a découvert qu’un tel projet touchait des femmes et des hommes et ne pouvait donc être construit qu’avec eux.
Ce n’est que bien tard .
Je me souviens par exemple encore d’une des premières réunions pilotée par l’actuelle municipalité dans la maison de quartier de la Madeleine où le maire parlait urbanisme, équipements sociaux mais ne répondait pas à la seule question qui taraudait les personnes présentes :
« Vous détruisez nos immeubles et nos appartements, alors on va déménager quand, où et qui va payer ? »
 
Bien sûr, tout cela n’est pas suffisant pour expliquer la guérilla de cette nuit.
Pas plus que les déclarations intempestives d’un ministre qui voulait « nettoyer les cités au kärcher »
Il a fallu un déclencheur dans une banlieue parisienne et Evreux a subi la contagion…. Mais le fruit était mûr.
 
Aujourd’hui, il n'y a pas d'autre choix que de faire cesser le plus vite possible ces violences .
Aujourd’hui, il faut être très ferme et répressif… On ne peut pas laisser quelques dizaines d’individus, cachés sous des cagoules, pourrir la vie de tout un quartier et mettre en cause les valeurs de notre République.
Demain, il faudra reconstruire patiemment le tissu associatif.
Demain, il faut poursuivre l’ORU sans exclure de la ville les plus démunis ou leur donner le sentiment qu’on les exclut
Demain, il faut reprendre les actions au quotidien qui visent au maintien ou au rétablissement du lien social, qu’elles soient portées par des services, y compris la police de proximité, par des associations, ou par l’émergence de commerces de proximité.
Aujourd’hui, c’est le dévouement, la patience et le professionnalisme des sapeurs pompiers qu’il faut saluer... Celle des forces de police aussi
Demain, c’est la compétence et le dévouement des services sociaux, c’est celui des militants associatifs qui vont ensuite prendre le relais qu’il faudra saluer.
Mais je souhaite, pour qu’ils soient efficaces, que, la crise passée, la page médiatique tournée, ni les élus, ni l’ensemble de nos concitoyens ne les laissent alors tomber, seuls et sans moyens.

6 novembre 2005

Couvre feu

Le couvre feu se met en place à partir de ce soir 22 heures dans le quartier de la Madeleine comme dans de nombreux quartiers de France.

Ce n'est pas la seule mesure prise par le gouvernement mais celle là est fortement symbolique par sa connotation guerrière. La loi de 1955 qui permettait de décrèter l'état d'urgence avec ses conséquences en termes de couvre feu, de droit de perquisition dans l'urgence aussi, jour et nuit, de censure ou de contrôle de la presse et des manifestations théatrales a été promulguée au moment de ce que l'on appelait pudiquement les évènements d'Algérie et pas encore la guerre d'Algérie.

Il ne faut pas s'étonner si, aujourd'hui, les jeunes des quartiers sensibles dont certains sont les petits enfants de ceux qui ont vécu cette période très dure vivent très mal ce retour aux mesures d'exception qui, dans un contexte terrible, visait leurs grands parents.

Au delà du symbole, ce couvre feu est-il vraiment la réponse adéquate aux violences dans les quartiers qui sont, je le répète avec force, inacceptables?

Je ne le pense pas... Pas plus que le retour à l'apprentissage à 14 ans dont je ne vois pas bien ce qu'il vient faire là.

J'entendais ce matin sur LCI que la ville d'Orléans pratiquait depuis quelques mois (quelques années) une forme de couvre feu.

Mais ce qu'en évoquaient les personnes interrogées, c'est que ce n'était pas tant le couvre feu  qui était efficace que les mesures d'accompagnement en termes d'éducation et de médiation.

Et c'est là que le bât blesse.

Le gouvernement fait semblant de découvrir qu'il a insuffisamment soutenu les associations qui, quotidiennement, oeuvrent dans les quartiers... Il débloque en urgence 100 millions d'euros...

La belle affaire!

Nombre de ces associations sont aujourd'hui en partie déstructurées par une politique de trop grande rigueur. Ce ne sera pas simple de les remettre en état de marche.

A Evreux, les associations les plus en prise sur les quartiers ont été  méprisées par une bonne partie de la municipalité... Pensez donc, elles coûtent!

Lundi, j'avais par exemple au téléphone la trésorière de l'Arche de la Madeleine, désolée, qui me faisait savoir qu'elle allait devoir déposer le bilan de l'association et qu'elle avait rencontré le maire quelques jours auparavant sans autre résultat qu'une leçon de gestion...

Je ne sais pas si l'Arche avait ou pas des réponses à apporter mais je sais que le tissu associatif de la Madeleine a été contraint à s'user trop souvent  à constituer des dossiers administratifs que leur demandait entre autres la ville plus qu'à animer des actions.

On peut aujourd'hui apporter des financements de "rattrapage" mais l'argent ne suffira pas à rattraper la crise de confiance, la quasi rupture entre le monde associatif et la municipalité (et l'agglomération d'ailleurs dans le cas du contrat de ville).

C'est de reconnaissance, c'est de considération qu'ont besoin nos associations.

C'est de visibilité aussi là où elles vivent trop souvent dans une situation dont la précarité leur interdit de s'engager vraiment sur le long terme.

La municipalité avait créé il y a deux ou trois ans la fameuse neuvième commission chargée de la vie associative et de la démocratie locale.

Mis à part quelques débats sur les subventions aux associations vite contraints et effacés par l'adjoint aux finances municipales, il ne s'y est rien passé et il ne s'y passe plus rien.

Il est sans doute temps de la faire vivre vraiment... De l'élargir...

Je suggère à ce propos que soit convoqué un conseil municipal exceptionnel dont le seul ordre du jour serait la politique de la ville en matière de jeunesse et de vie associative.

Il est temps d'un virage politique qui prenne vraiment en compte à Evreux les problèmes de la population, de toute la population.

J'avoue qu'en relisant tout à l'heure l'éditorial du Maire dans le dernier numéro de sa revue municipale daté de novembre, je l'ai trouvé pour le moins décalé, loin des préoccupations quotidiennes de ses concitoyens.

Dans un texte intitulé "une ville animée et en fête", il ne parle que des fêtes de fin d'année et... de la meilleure façon de faire bouger les voitures ventouses...   Ca ne s'invente pas!

9 novembre 2005

Lettre à monsieur le Maire d'Evreux

Journée à rallonge aujourd'hui.

J'ai assuré mes fonctions de directeur d'institut au CNED de Rouen avant de participer au conseil d'administration du collège de Navarre.

Pas de point dur à l'ordre du jour. Il ne s'agissait que de la mise en place du nouveau conseil issu des récentes élections de parents d'élèves.

Le 24 novembre, en revanche, ce sera le débat sur le budget de l'établissement.

En sortir de Conseil, les conversations tournaient bien entendu autour du couvre feu à la Madeleine. Une femme me disait en particulier qu'elle n'avait pas pu dormir avec l'hélicoptère qui grondait au dessus du quartier au coeur de la nuit, projecteur allumé comme dans un film américain.

J'ai pris le temps, dans l'après midi, d'écrire et de faxer un courrier à Jean Louis Debré pour lui suggérer de tenir rapidement un conseil municipal exceptionnel avec pour seul ordre du jour, après débat sur les évènements de la nuit de samedi à dimanche, la définition de la politique de la ville en direction des jeunes et du monde associatif.

J'en publie le texte à la suite:


 

 
Monsieur le Maire,
 
Les récents évènements de la Madeleine, même s’ils s’inscrivent dans un contexte national particulièrement préoccupant, doivent engager à s’interroger sur le fonctionnement de notre ville en général et du quartier en particulier.
 
Bien évidemment, la violence qui s’y est manifestée a des causes multiples et suppose des niveaux de réponse différents qui mobilisent tous les acteurs sociaux. Le couvre feu institué n’est pas, à mon sens la réponse la plus adaptée. Outre les aspects symboliques, il risque de déplacer les manifestations de violence, voire d’engendrer des surenchères dans la provocation. Ce n’est de surcroît qu’une réponse à très court terme dont on ne peut se satisfaire.
 
J’ai lu par ailleurs, dans les propositions du gouvernement, le déblocage de
100 millions d’euros destinés à soutenir le milieu associatif … Ce qui constitue, d’une certaine façon, l’aveu d’un soutien insuffisant ces dernières années. S’agissant des associations ébroïciennes et, particulièrement celles du quartier de la Madeleine, il me parait important de regarder de très près les moyens dont elles disposent et de leur donner une visibilité suffisante pour inscrire leur action dans la durée.
 
Le fonctionnement de l’Arche mérite sans doute une attention particulière. Il s’agit de favoriser l’amélioration de son fonctionnement sans prendre le risque de voir disparaitre son offre associative.
 
Je trouverais opportun qu’un conseil municipal exceptionnel, préparé en commission, soit réuni avec, pour unique ordre du jour l’analyse des évènements dans leur déclinaison locale, et les réponses qui peuvent être apportées de façon durable dans notre ville et son agglomération.
Au travers de ce débat, c’est toute la politique municipale en direction de la jeunesse et du tissu associatif qu’il nous faut considérer et sans doute définir ou en tout cas  redéfinir.
 
Je vous prie, Monsieur le Maire, de bien vouloir accepter l’expression de mes sentiments choisis.

10 novembre 2005

11 novembre

11 novembre un peu différent hier de ceux que j’ai déjà vécu.
Je n’ai pu engager ma journée d’élu que vers onze heures, en participant aux cérémonies à Claville puis au repas des anciens.
Chacun y parlait des violences urbaines et du couvre feu, chacun prenait position.
J’ai été étonné du peu d’information de mes interlocuteurs concernant les modalités de l’état d’urgence et particulièrement sur les perquisitions qui relèvent de l’autorité administrative et non plus de l’autorité judiciaire ou les possibilités d’assignation à résidence.
Beaucoup d’ailleurs imaginaient que le couvre feu à la Madeleine ne concernait que les gosses de moins de 16 ans.
 
J’ai entendu, cette nuit encore, tourner l’hélicoptère, projecteur braqué sur la ville.
C’est une impression étrange.
 
J’ai quitté Claville pour le quartier de la Madeleine où les associations organisaient une marche silencieuse.
La municipalité y est venue en force et m’a donné l’impression  de vouloir, par ce déploiement d’écharpes tricolores en début de cortège, faire croire qu’elle conduisait la marche et maîtrisait donc les évènements…
Ils seront sur la photo sans aucun doute mais les Ebroïciens seront-ils dupes ?
Récupération d’une initiative citoyenne lancée par des associations ?
Combien de conseillers municipaux sont venus soutenir policiers et pompiers et accompagner les ouvriers municipaux que j’ai croisés en fin de nuit de samedi à dimanche près des commerces brûlés?
J’ai entendu l’adjoint chargé des finances leur apporter son soutien hier à la mairie de Saint Sébastien de Morsent et affirmer que lui-même accueillait les blessés à l’hôpital cette nuit là …
Soit !
Cérémonies du 11 novembre à Saint Sébastien en fin d’après midi.
Je n’ai pas fait de long discours.
J’ai rappelé la place essentielle de la guerre de 14-18 dans notre mémoire collective.
J’ai rappelé l’horreur de la guerre et la difficulté qu’il y a à construire la paix.
Mais j’ai déploré aussi les abus de langage.
Si l’on veut bien se souvenir des horreurs de la guerre, on ne peut pas dire qu’aujourd’hui, ces violences qui sont inacceptables, qui bafouent nos valeurs républicaines et qu’il faut stopper avant même de s’attaquer à ce qui les cause, on ne peut pas dire pour autant qu’elles constituent un état de guerre.

11 novembre 2005

Congrès départemental du PS

Congrès départemental du parti socialiste tout l’après midi d’hier.

Une bonne ambiance tout compte fait.

Des échanges d’idées, des prises de position argumentées.

Une attaque très ferme de quelques uns d’entre nous adressée à la direction nationale.

C’est vrai que le petit jeu qui a consisté à laisser croire que la motion  2 n’était qu’à 19% ne peut pas avoir été un jeu du hasard.

C’est, j’en suis convaincu, volontairement qu’on a laissé filtrer ces résultats encore partiels.

On voulait désigner un vaincu inventé de toutes pièces pour pouvoir mobiliser les médias durant le week end.

C’est un procédé qui ne grandit pas ceux qui l’utilisent.

Depuis le début Laurent Fabius est cassé, dénigré, chargé de tous les défauts… L’accumulation en deviendrait risible si ce n’était si grave.

Je pense qu'il est en effet, qu’on le veuille ou non, un « présidentiable » plus que crédible dans une problématique qui refuse que le libéralisme le plus dur soit définitivement inéluctable.

Tirer sur Fabius aujourd’hui, c’est, pour des socialistes, chercher à marquer un but contre leur camp.

Durant le congrès départemental en tout cas, les débats sont restés courtois.

Validation par une large majorité du rapport d’activités depuis le dernier congrès. Accord tacite des représentants de l’ensemble des motions pour laisser Michel Ranger seul candidat à sa succession comme premier secrétaire …

Jusqu’à ce qu’en fin de séance n'émerge un candidat qui s’est lui-même présenté comme candidat à titre individuel et non au titre de la motion qu'il a défendue…

Son objectif affiché : moderniser la fédération, en améliorer le fonctionnement et remplacer quelqu’un qui, à son avis, occupe ce poste depuis trop longtemps.

Ce candidat de dernière minute, c'est un habitué, un initié aux arcanes de l’appareil, un camarade qui prône en permanence le travail collectif, la solidarité du groupe mais qui donne parfois le sentiment que, pour lui, l’équipe ne vaut que pour lui faire la courte échelle… Mais je m’égare…

Il n’a rien à voir avec une de ces stars du tour de France qui n’existent au fond que parce que toute une équipe de coureurs anonymes pédalent pour leur compte…

Ce n’est pas de spectacle qu’il s’agit là, mais de politique. Et la politique n'est noble que lorsqu’elle est généreuse et qu’elle porte l’intérêt général qui ne peut se réduire à une somme d’intérêts particuliers.

En tout cas, j’ai vraiment eu l’impression que cette candidature choquait les représentants de toutes les motions… Il a donc peu de chance d’être élu… Mais  voulait il vraiment l'être ou n’est ce qu’une manœuvre pour négocier je ne sais trop quelle place ou quel avantage ?

J’avoue que je ne sais pas.

Il a statutairement le droit d’être candidat…Et, après tout, si les statuts lui autorisent ce caprice…Qu’il soit donc candidat s’il en a envie et passons à des choses plus sérieuses !

 
13 novembre 2005





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